Sous la pluie, la neige et des rafales de vent glaciales, Todd Kellett a encore transformé l’Enduro du Touquet 2026 en démonstration de force. Le Britannique de 28 ans a remporté dimanche la 50e édition de la course pour la quatrième année consécutive, en s’imposant avec 1 min 44 d’avance sur le Belge Cyril Genot et en laissant le Nordiste Milko Potisek à la troisième place. Une domination qui commence à peser dans l’histoire de l’épreuve.
Enduro du Touquet 2026, dès le départ, un scénario à sens unique
Dès la grande ligne droite de départ, on devine que beaucoup se joue déjà. Sur le sable détrempé, Kellett place sa Yamaha YZF dans le bon wagon quand plusieurs de ses principaux rivaux, eux, se retrouvent vite piégés. Milko Potisek, déjà en difficulté, décroche dès les premiers tours. Cyril Genot, lui, pointe au-delà de la 30e place au premier passage, comme l’an passé : trop loin pour espérer jouer la victoire à la régulière sur trois heures de course.

Kellett, au contraire, se met immédiatement « en action ». Il prend la tête dès la fin du premier tour, imprime un rythme que peu peuvent suivre et creuse l’écart tour après tour. À mi-course, le Britannique semble sur une autre planète : physique solide, pilotage aérien, trajectoires propres, aucune erreur visible malgré un sable de plus en plus piégeux. Comme souvent, la fiabilité de la Yamaha préparée par le team Dragon’Tek fait le reste : pas de casse, pas de pépin, pas de vraie alerte.
La seule vraie menace vient de Cyril Genot. Parti de loin mais remonté à un rythme impressionnant, le Belge finit par recoller, au moins au chrono. Dans le trafic et les ornières, il parvient un temps à revenir à portée. Un instant, on croit au duel. Mais dans le dernier tour, Kellett reprend la main, s’extrait des retardataires et franchit la ligne avec 1 minute et 44 secondes d’avance sur son adversaire. Debout sur sa moto, il forme un « 4 » avec ses doigts : quatre victoires d’affilé qui le mettent à égalité avec Jean-Claude Moussé (1999, 2004, 2012, 2013).

Une 4e couronne qui le fait entrer dans l’histoire
À 28 ans, Todd Kellett écrit déjà un chapitre à part dans l’histoire de l’Enduro du Touquet. Avec quatre succès consécutifs, il dépasse des références comme Milko Potisek, Adrien Van Beveren ou Jean-Claude Béthys, et ne se trouve plus qu’à une longueur d’un monument de la discipline, Kees Van Der Ven qui totalise 5 couronnes de suite de 1982 à1986. Le recordman reste toutefois Arnaud Demeester, sept fois champion.
Depuis 2023, personne n’a réussi à détrôner Kellett sur le sable du Touquet. Depuis 2024, il a déjà empilé huit victoires sur sable en moto. L’an dernier, il avait remporté l’Enduropale « haut la main ». Cette année, il confirme en conditions extrêmes, sur un tracé balayé par la pluie et ponctué d’averses de neige. Avant même le départ, il prévenait : « Je suis Anglais, la pluie ne me dérange pas. Qu’il y ait de la neige ou de la pluie, qu’il y ait beaucoup de spectateurs ou personne, je vais faire la course. C’est le boulot. »

À l’arrivée, lessivé, combinaison saturée de sable, il laisse pourtant filtrer autre chose qu’un simple détachement professionnel. « Je suis ému pour être honnête, on travaille depuis si longtemps, et c’est juste le début. Mon équipe a travaillé si dur, je vais encore pousser, je ne peux pas m’arrêter là », confie-t-il. Avant de déclarer un brin ironique : « Sky is the limit ».
Genot, Potisek et les autres : battus mais héros quand même
Derrière le Britannique, les visages sont partagés entre frustration et satisfaction. Cyril Genot, encore deuxième comme l’an dernier, sait qu’il a livré ce qu’il pouvait. Le pilote Honda, freiné une nouvelle fois par un départ raté, remonte pourtant à force de tours rapides. Mais le handicap initial est trop lourd. « On est à fond sur la plage, on ne peut rien faire de plus. Je ne suis pas aussi léger que certains, mais j’ai tout donné. Je suis super déçu de l’arrivée, mais content du travail accompli », souffle-t-il.
Milko Potisek, troisième, n’a jamais vraiment été en mesure de se battre pour la victoire. Le Dunkerquois sauve tout de même un podium, dans une édition où il donne le sentiment de manquer de fraîcheur et de « jeu de jambes » sur la moto au fil des tours. « Les conditions étaient extrêmes. J’ai eu du mal à me mettre dedans, mais je n’ai aucun regret. C’est une belle récompense pour l’équipe, on travaille beaucoup », résume-t-il.

Plus loin dans le top 10 Lars Van Berkel signe une solide 4e place sur Fantic, après un départ compliqué mais une remontée régulière. Son successeur chez Honda SR, Hakon Fredriksen, complète le top 5. On retrouve ensuite Jeremy Knuiman (6e) et un Camille Chapelière enfin à l’arrivée, 7e sur une Suzuki 450 qui pourrait bien donner des idées à la marque. Adrien Van Beveren, engagé au dernier moment sur une Honda CRF 450 alors qu’il visait initialement un « holeshot » avec sa 500 CR de la course Vintage, prend la 8e place, devant Tias Callens (9e) et Jeremy Hauquier (10e). Ce dernier a d’ailleurs ferraillé avec Kellett en début de course, profitant d’une vitesse de pointe impressionnante dans la grande ligne droite avant qu’une fuite de radiateur ne ruine ses espoirs de podium.
Un plateau relevé, et d’autres exploits à saluer
Au-delà des trois premiers, cette 50e édition laisse aussi des images fortes. Antoine Méo, quintuple champion du monde d’enduro, signe une 21e place qui vaut plus que son rang brut. Onze ans après sa dernière participation, il revient au Touquet avec une Ducati 450 encore en rodage. Moteur changé la veille, problème technique à 15 secondes du départ, départ manqué depuis la première ligne, puis remontée à coups de chronos dignes du top 10 pour finir dans le top 25. De quoi donner envie de revoir la 450 Desmo mieux préparée l’an prochain.
Chez les filles, Mathilde Martinez s’offre un cavalier seul, avec un tour d’avance sur Camille Viaud et deux sur Mathilde Denis. Sa course n’a rien d’un long fleuve tranquille : coincée dans les banderoles en fin d’épreuve, elle raconte avoir dû poser la moto avant d’être aidée par deux jeunes spectateurs pour repartir. Suffisant pour conserver une avance confortable et s’imposer.
Classement Top 10 Enduropale Touquet 2026
| 1 | Todd KELLETT |
| 2 | Cyril Genot |
| 3 | Milko Potisek |
| 4 | Lars Van Berkel |
| 5 | Hakon Fredriksen |
| 6 | Jeremy Knuiman |
| 7 | Camille Chapelière |
| 8 | Adrien Van Beveren |
| 9 | Tias Callens |
| 10 | Jeremy Hauquier |
Rendez-vous est déjà pris pour 2027 : Kellett y sera forcément annoncé ultra-favori. Reste une question glissée dans les paddocks : sur quelle moto ? Yamaha et le team Dragon’Tek espèrent évidemment le garder sous leurs couleurs. Mais après quatre victoires d’affilée au Touquet, les convoitises ne vont pas manquer.

