Partir seul plusieurs jours à moto est toujours une aventure. On croit préparer un itinéraire, choisir une machine, réserver quelques nuits et prévoir la météo. En réalité, on apprend surtout à composer avec ce qui n’était pas prévu. Pendant quatre jours et plus de 1 500 kilomètres entre le Val-d’Oise et les Vosges, la Royal Enfield Himalayan 450 s’est révélée être bien plus qu’un simple moyen de transport. Elle est devenue une compagne de voyage, capable de faire oublier sa fiche technique pour ne laisser place qu’au plaisir de rouler. Enfin, presque.

Il y a des voyages que l’on prépare pendant des semaines. Et puis il y a ceux qui commencent réellement au moment où l’on referme la porte de la maison. Celui-ci faisait partie de la seconde catégorie.

Je n’avais qu’une idée en tête : partir quelques jours seul, traverser une partie de la France, découvrir les Vosges et prendre enfin le temps de rouler sans véritable objectif. Pas de rendez-vous, pas de programme imposé, simplement une succession de routes choisies au fil des kilomètres. Une seule certitude existait avant le départ : la moto. J’avais choisi la Royal Enfield Himalayan 450. Avec le recul, c’est probablement la meilleure décision que j’ai prise durant tout ce voyage.

Royal Enfield Himalyan 450 vosges routes pluie

Quitter Paris n’a rien d’un plaisir, mais c’était le prix à payer

On fantasme souvent les grands départs à moto. La réalité est moins romantique. Lorsque l’on habite en région parisienne, les premiers kilomètres consistent surtout à s’extraire du trafic francilien le plus rapidement possible. Pour cette raison, j’ai fait un choix que je déteste pourtant : emprunter l’autoroute jusqu’à Bar-sur-Aube afin d’avaler rapidement cette première portion sans intérêt. L’autoroute reste probablement ce qu’il y a de moins agréable à faire à moto.

Le paysage défile sans saveur, le vent fatigue davantage que la route elle-même et les kilomètres s’empilent sans véritable plaisir. Cette première étape allait également permettre de découvrir un terrain qui n’est pas celui de prédilection de l’Himalayan. Pourtant, la petite indienne m’a surpris. Sur le papier, son monocylindre de 452 cm³ développant 40 chevaux pourrait laisser penser qu’il sera rapidement à bout de souffle sur voie rapide. Ce n’est absolument pas le cas. Le nouveau moteur Sherpa se montre étonnamment volontaire.

Royal Enfield Himalyan 450 tente et porte paquet

Les reprises restent franches jusqu’à plus de 130 km/h et maintenir cette vitesse ne lui pose aucune difficulté particulière. Mieux encore, il accepte même de continuer à accélérer sans donner cette impression d’agonie que connaissent beaucoup de monocylindres lorsqu’ils approchent de leur vitesse maximale. En revanche, cette vitesse de croisière rappelle rapidement qu’il s’agit bien d’un monocylindre. Les vibrations deviennent nettement plus présentes dans les repose-pieds et le guidon. Au point d’ailleurs de desserrer un rétroviseur. Rien de dramatique, mais simplement le rappel que cette moto préfère clairement les départementales aux longues lignes droites.

Aussi, un autre aspect saute aux yeux : la protection aérodynamique reste correcte sans être exceptionnelle. La petite bulle détourne une partie du flux d’air mais les épaules et le casque restent largement exposés. Avec le vent soutenu rencontré ce jour-là, les turbulences demandaient une attention permanente. Heureusement, cette parenthèse autoroutière ne devait durer que quelques heures. À Bar-sur-Aube, je quittais enfin les grands axes. Le voyage pouvait véritablement commencer.

Quand les petites routes remplacent enfin l’autoroute

Les paysages s’ouvrent, la circulation disparaît progressivement et l’application ViaMichelin commence à révéler son potentiel. Je connaissais déjà l’application, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle devienne aussi intéressante. En privilégiant les itinéraires « verts », les plus agréables, elle m’a fait découvrir une succession de départementales sinueuses qui serpentent entre villages, forêts et vallons, bien loin des grands axes touristiques. Évidemment, c’est précisément sur ce type de réseau que l’Himalayan révèle sa personnalité. Son châssis n’est pas particulièrement impressionnant. Il n’offre pas la rigueur d’un trail routier haut de gamme ni la légèreté d’une véritable enduro. En revanche, tout semble naturel. La direction est neutre. La moto se place facilement sur l’angle sans surprendre.

Royal Enfield Himalyan 450 vue compteur

Les changements d’appui demandent peu d’efforts malgré un poids qui dépasse les 190 kg tous pleins faits. Plus étonnant encore, les suspensions absorbent remarquablement les irrégularités. Ici, les suspensions Showa travaillent efficacement. Elles filtrent sans devenir molles et conservent suffisamment de maintien pour permettre un rythme soutenu lorsque la route se dégrade ou se met à tourner.

À aucun moment je n’ai eu la sensation de piloter une moto « bon marché ». Bien au contraire.

Himalayan 450, la recette de l’équilibre

On comprend que Royal Enfield a travaillé l’équilibre général plutôt que la recherche de performances pures. Cette philosophie se retrouve également dans le moteur. Sous 4 000 tr/min, le Sherpa fait preuve d’une souplesse presque inhabituelle pour un monocylindre. En quatrième, il accepte de reprendre dès 30 km/h, soit environ 2 500 tr/min, sans cogner ni protester. Cette disponibilité évite de jouer constamment avec la boîte de vitesses et rend la conduite particulièrement reposante sur les petites routes. Puis vient une zone un peu molle, entre 4 000 et 5 500 tr/min environ. Ensuite, en tournant plus franchement la poignée de gaz, au-delà de 6 000 tr/min, le moteur change, le monocylindre devient plus démonstratif. La sonorité se fait plus grave, plus présente, avec un petit grognement un peu plus caverneux et les accélérations gagnent nettement en vigueur jusqu’à plus de 8 000 tr/min. On est tellement loin de l’ancienne version nommée Himalayan 410 !

Contrairement aux gros monocylindres traditionnels, qui donnent tout à bas régime avant de s’essouffler rapidement, celui-ci accepte volontiers d’être cravaché. Il possède presque deux personnalités. L’une, douce et souple, très agréable pour musarder, l’autre, bien plus joueuse, lorsque la route devient plus viroleuse et que l’on a envie de dynamisme. Attention, on a dit dynamique, pas sportif, mais c’est suffisant pour vous esquisser un sourire en coin.

Royal Enfield Himalyan 450 vue arrière

Les Vosges, entre lumière et mystère

La première nuit en tente dans les environs d’Epinal s’est particulièrement bien passée, les températures sont clémentes et l’accueil est sympathique d’autant que quelques curieux viennent discuter road-trip en me voyant arnacher mon bardage sur le porte-paquet avec des sando. D’ailleurs, bien quelle ajoute du poids, la béquille centrale se révèle bien pratique pour ce genre d’exercice. A l’inverse, la béquille latérale est franchement trop courte et fait bien trop pencher la moto. Prudence en pente.

C’est l’heure pour moi de découvrir une autre application que je ne connaissais pas, 68°. elle permet non seulement de tracer un itinéraire entre deux points en choisissant son type de route mais aussi de suivre une trace pré-enregistrée, quand elle existe, dans la région où on se trouve. Ainsi, c’est près de 5h de roulage qui m’attendent entre Haute-Marne et Vosges et qui me feront passer par des toutes petites routes, tortueuses à souhait, mais aussi des dizaines de villages sans croiser la moindre âme. Aussi, le ciel commence à se couvrir et un crachin se met à tomber pendant que je longe La Semouse. Ambiance polar garantie.

Royal Enfield Himalyan 450 vosges route pluie

Des erreurs de débutants

Toutefois, c’est là que je commence à regretter deux choses. La première c’est que je n’aurai pas dû partir avec mon seul smartphone. Sur ces routes désertes je me rend compte que si je chute et casse mon mobile je n’aurais non seulement plus d’outil de navigation, mais surtout plus rien non plus pour la communication. Aussi, je regrette d’avoir voulu faire l’économie d’un « vrai appareil photo » et suis à chaque fois obliger de retirer mon téléphone de son support pour prendre quelques clichés … chaque manipulation ajoutant finalement au stress de ne surtout pas le faire tomber. C’est idiot de ma part !

Malheureusement ce n’est pas la seule erreur que j’ai faite durant ce voyage. Parti de la région parisienne alors qu’une cinquième vague de canicule s’installait, j’ai naïvement pensé qu’un peu d’air frais me ferait du bien. Mais le corps n’a pas la mémoire des températures et le crachin s’est transformé en averse, et avec celle-ci les températures chutèrent drastiquement. Heureusement quelques éclaircies me permirent de ne pas arriver totalement trempé au Lac de Longemer où je me suis installé pour la nuit mais je sens que celle-ci va être fraiche. Et ça n’a pas loupé. Réveillé à 4h du matin par la morsure du froid et de l’humidité, je n’ai eu d’autre choix que d’attendre le levé du jour pour espérer me réchauffer.

bivouac Royal Enfield Himalyan 450

En quittant Gérardmer au petit matin, je pensais retrouver les paysages de carte postale que tout le monde associe à la route des Crêtes. Les prévisions météo consultées avant le départ annonçaient encore des températures élevées, mais à plus de 1 200 mètres d’altitude, la montagne, même moyenne, vit selon ses propres règles. En quelques kilomètres seulement, l’ambiance change complètement. Les nuages s’accrochent aux sommets, l’air redevient humide, la température chute encore brutalement pour tourner autour des 12°C. J’ai perdu 20°C en à peine 24h ! La route se couvre de plaques sombres, les forêts disparaissent derrière un voile de brouillard et les premiers gouttes re commencent à frapper la visière.

En arrivant au Ballon d’Alsace, je m’offre enfin un café. Je regarde les cartes météo. Elles ne sont pas bonnes. En ressortant quelques dizaines de minutes plus tard, le paysage a disparu. Littéralement. Une brume épaisse s’est installée en quelques instants et la visibilité ne dépasse plus une centaine de mètres. Par endroits, elle est même largement inférieure. Les arbres apparaissent au dernier moment et les virages semblent sortir du brouillard sans prévenir. Dans ces conditions, inutile de jouer au héros. Je décide donc de redescendre vers La Bresse ou une chambre à l’Hotel Chalet des Roches m’attend avec une délicieuse Munstiflette et une eau de vie à la Mirabelle en dessert. Mention spéciale à l’accueil et au rapport qualité prix de ce lieu.

lac de gerardmer

Les pneus CEAT de l’Himalayan 450 montrent leurs limites

Jusqu’à présent, les pneus d’origine avaient été très acceptables. Sur le sec, je leur ai demandé bien plus que ce qu’on imagine faire avec une moto de voyage de 40 chevaux. Les petites routes entre Épinal, Plombières-les-Bains et Gérardmer m’ont permis de hausser progressivement le rythme. Jamais ils ne m’ont inquiété. Même lorsqu’on commence à charger l’avant dans les enchaînements rapides, le grip reste honnête. En revanche, sous la pluie, ils demandent davantage de délicatesse. Le dessin relativement mixte de leur sculpture et leur gomme privilégient clairement la polyvalence plutôt que la performance pure sur chaussée détrempée. Pour quelqu’un qui envisage essentiellement de la route, un train de Michelin Anakee Adventure ou de Pirelli STR rally permettra d’offrir un supplément de sérénité sur route humide tout en conservant une certaine aptitude aux chemins.

La route du retour par le Lac du Der

Après cette bonne nuit au chaud, j’ai pu repartir l’esprit plus léger. Toutes mes affaires avaient enfin séché, et moi aussi. J’en ai profité pour terminer la boucle que j’avais dû écourter la veille avant de prendre progressivement la direction du retour en passant par Remiremont. C’est probablement l’une des plus jolies villes que j’ai traversées durant ce voyage. Ses arcades lui donnent un charme particulier et j’y ai fait une halte chez Jean-Luc, un salon de thé où l’accueil est aussi chaleureux que les cookies sont généreux. C’est le genre d’adresse que l’on découvre un peu par hasard mais que l’on note immédiatement pour une prochaine balade.

lac du der Royal Enfield Himalyan 450

En reprenant la route vers la Haute-Marne, j’ai connu un petit moment de solitude. En jetant un œil au tableau de bord, je vois la jauge annoncer encore plus de 300 kilomètres d’autonomie alors que j’avais pourtant fait le plein la veille au matin. Pendant quelques secondes, j’ai sincèrement cru que quelque chose ne fonctionnait plus correctement. En réalité, c’est simplement que cette Himalayan 450 est sobre. Sur ce type de parcours, sans chercher à rouler vite et en profitant des routes secondaires, la consommation tourne à peine autour de 3 litres aux 100 kilomètres. Avec son réservoir de 17 litres, l’autonomie est largement suffisante pour ne pas passer son temps à la pompe.

Avant de rentrer définitivement vers le Val-d’Oise, je me suis offert un dernier détour par le lac du Der. Je connais bien cet endroit grâce au Festival international de la photo animalière de Montier-en-Der et je sais que les lumières de fin de journée y sont souvent magnifiques. Plutôt que de rejoindre directement le lac, j’ai de nouveau confié l’itinéraire à l’application 68°, en sélectionnant cette fois le niveau maximal de routes sinueuses. Là encore, je n’ai pas été déçu.

Pour parcourir environ 250 kilomètres, il m’a fallu plus de quatre heures et demie de roulage. Ce n’était jamais le chemin le plus rapide, mais certainement le plus agréable. De petites départementales presque désertes, des villages traversés au ralenti, quelques forêts et cette impression que l’application connaissait des routes que je n’aurais probablement pas empruntées de moi-même.

lac de longemer

J’ai également profité de quelques chemins pour confirmer une impression déjà ressentie les jours précédents. Tant qu’on ne lui demande pas de faire le travail d’une véritable enduro, l’Himalayan 450 est remarquablement à l’aise en dehors du bitume. Son seul véritable défaut dans cet exercice reste finalement son guidon, que j’aurais aimé un peu plus haut lorsque l’on roule debout. Pour le reste, son équilibre général fait oublier son poids et permet d’évoluer avec beaucoup de sérénité.

En arrivant au bord du lac, le soleil commençait à descendre doucement. La lumière était exactement celle que j’étais venu chercher. J’en ai profité pour terminer cette journée chez La Pâte à Fredo, avant une nuit à l’Atelier, situé quasiment sur les rives du Lac où il est possible de faire une longue balade à pieds ou à vélo.

Au moment de reprendre la route pour rentrer, je constate que ce voyage a été bien plus qu’un simple essai moto.

Après plus de 1 500 kilomètres, la Royal Enfield Himalayan 450 a très bien rempli la mission que je lui avais confiée.

Mieux encore, elle m’a parfois surpris. Je savais qu’elle serait à l’aise sur les petites routes et les chemins roulants. En revanche, je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi polyvalente. Bien sûr, elle ne fera jamais aimer l’autoroute. Mais, très honnêtement, l’autoroute à moto reste probablement l’exercice le moins intéressant qui soit. Et dès que l’on retrouve des départementales, son moteur, et sa partie-cycle prennent tout leur sens. Comme toutes les motos, elle n’est pas exempte de défauts. Je continue notamment à trouver incompréhensible cette béquille latérale qui fait beaucoup trop pencher la moto. Il faut vraiment être vigilant lorsqu’on grimpe dessus chargé de bagages ou lorsqu’on la gare sur un terrain en pente. Son monocylindre est rustique et ne peut pas plaire à tout le monde, et immanquablement beaucoup penseront qu’elle n’a pas l’aura d’une Ténéré 700 ou d’une Africa Twin. C’est vrai, mais à 5 890 € il est difficile de trouver mieux. En fait pour moi elle est tout simplement la meilleure de sa catégorie A2. Et dans le cadre de ce road-trip, entrepris il est vrai un peu à l’emporte-pièce, elle a clairement répondu à mes attentes.

NOS NOTES ...
Finition
Technologie / Equipement
Sur la route
Consommation
Article précédentSept motos au fond de l’eau, trois victoires au TT : l’incroyable semaine qui a forgé la légende de Joey Dunlop
Journaliste auto et moto, fan de carbus et de turbo mais déguste avec plaisir les innovations et le couple camionesque des électriques actuelles. Regarde devant sans faire table-rase du passé.
partir-seul-a-moto-dans-les-vosges-ce-que-1-500-km-avec-une-royal-enfield-himalayan-450-mont-apprisSa fiche technique ne fait pas particulièrement rêver, elle ne dispose pas des derniers raffinements high-tech (même si il y a une connexion Bluetooth et une réplication Gmaps) et son monocylindre de seulement 40 ch peut sembler trop "léger". Et pourtant, que de plaisir pris au guidon de cette Himalayan 450. Facile, intuitive, et dotée d'une partie cycle rigoureuse cette moto s'inscrit, pour nous, dans la lignée des motos bonnes à-tout-faire comme ont pu l'être les Yamaha 500 XT ou Honda Transalp. Elle n'est la meilleure nul part et pourtant elle est capable de presque tout. Et son prix est bien placé. En clair c'est un coup de cœur.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici