Une Ford Mustang V8 à 139 000 €, un SUV familial français surtaxé à plus de 6 000 €, des sportives qui disparaissent du marché… La fiscalité automobile française atteint désormais des niveaux inédits en Europe. Une nouvelle étude comparative menée par Caroom met en lumière l’écart colossal qui sépare désormais la France de ses voisins. Et derrière les montants spectaculaires du malus, c’est toute la question de l’efficacité réelle de cette stratégie qui commence à diviser.
Pendant longtemps, le malus écologique français était présenté comme un simple outil destiné à accélérer la transition vers des véhicules moins émetteurs de CO2. Mais en 2026, le système a changé d’échelle. Entre le malus CO2, le malus au poids et l’empilement des taxes annexes, certaines voitures deviennent quasiment invendables sur le marché français. Et lorsqu’on compare la situation avec le reste de l’Europe, le contraste est brutal pour ne pas dire scandaleux.

Une Ford Mustang désormais plus taxée que sa valeur d’achat
Le symbole le plus spectaculaire de cette dérive fiscale est probablement la Ford Mustang V8 GT. Affichée autour de 59 800 euros en France, la sportive américaine subit désormais le plafond maximal du malus écologique : 80 000 euros. Résultat : avant même la carte grise, son prix grimpe à près de 140 000 euros.
Selon l’étude publiée par le comparateur Caroom, aucun grand marché européen n’applique une taxation comparable. En Allemagne, cette même Mustang ne subit tout simplement aucun malus à l’achat. Du côté italien, la taxation atteint environ 4 000 euros. En Espagne, un peu plus de 7 000 euros. La France apparaît ainsi comme un cas quasiment unique sur le continent.

Le constat ne concerne d’ailleurs plus uniquement les sportives exotiques. Désormais, des modèles beaucoup plus accessibles se retrouvent eux aussi lourdement pénalisés.
Même les SUV hybrides rechargeables français sont touchés par le malus
L’un des cas les plus révélateurs est celui du Peugeot 5008 hybride rechargeable de 225 ch. Pourtant homologué à seulement 63 g/km de CO2 grâce à son autonomie électrique de plus de 80 km WLTP, le SUV familial français doit désormais s’acquitter de 6 100 euros de malus ! La raison ne vient pas ici des émissions de CO2, mais du malus au poids. Avec plus de deux tonnes sur la balance, même après l’abattement accordé aux hybrides rechargeables, le 5008 devient l’un des symboles du durcissement fiscal engagé depuis début 2026.

Et là encore, la comparaison européenne fait mal : en Allemagne et en Espagne, ce même véhicule n’est soumis à aucun malus à l’achat. Cette évolution marque un tournant important. Pendant longtemps, les hybrides rechargeables échappaient largement à la fiscalité punitive française. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.
Une France devenue l’exception européenne
L’étude de Caroom souligne un point particulièrement frappant : parmi les cinq principaux marchés automobiles européens (Allemagne, France, Italie, Espagne et Belgique) aucun autre pays n’applique une fiscalité aussi agressive au moment de l’achat. La trajectoire française impressionne même à l’échelle historique. Depuis 2008, les émissions moyennes des voitures neuves vendues en France ont chuté d’environ 33 %, passant de 140 à 94 g/km de CO2. Mais dans le même temps, le plafond du malus a été multiplié par… 31, passant de 2 600 euros à 80 000 euros.

Le seuil de déclenchement a lui aussi radicalement changé. En 2008, le malus débutait à 160 g/km. En 2026, il commence dès 108 g/km. Résultat : selon les données relayées par Caroom, près de 72 % des voitures neuves vendues en France seraient désormais concernées par une taxation. Les automobilistes de vaches à lait ? Et après certains s’étonnent de voir les discours qui défendent ces derniers repris par des populistes. A ce niveau de taxation on nage en plein en plein délire. Même certaines citadines populaires comme la Peugeot 208 se retrouvent désormais touchées.
L’Allemagne obtient presque les mêmes résultats… sans malus à l’achat
Le cas allemand est au cœur de l’étude. Contrairement à la France, l’Allemagne ne pratique aucun malus écologique à l’achat. La fiscalité automobile allemande repose davantage sur une taxation annuelle liée à l’usage et aux émissions réelles du véhicule. Pourtant, les résultats environnementaux apparaissent relativement proches. Depuis 2008, les émissions moyennes des voitures neuves ont reculé d’environ 29 % outre-Rhin, contre 33 % en France.
L’écart existe, mais il reste relativement limité au regard de l’écart gigantesque de fiscalité entre les deux pays. Selon Caroom, cette différence d’approche pourrait expliquer une partie des difficultés actuelles du marché automobile français. Car le malus ne modifierait pas seulement les choix de motorisation : il modifierait aussi le comportement global des acheteurs.
Le marché de l’occasion explose
L’une des conséquences les plus visibles du durcissement fiscal est le basculement massif des consommateurs vers le marché de l’occasion. Le ratio entre véhicules d’occasion et véhicules neufs est passé de 2,2 en 2019 à 3,3 en 2025. L’âge moyen des voitures d’occasion vendues dépasse désormais 11 ans. Or ces véhicules plus anciens échappent totalement au malus tout en étant souvent plus polluants, moins efficients et moins bien équipés en matière de dépollution.

Pour les auteurs de l’étude, cela crée un véritable “effet boomerang” : au lieu d’accélérer le renouvellement du parc automobile, la fiscalité pousserait une partie des automobilistes à conserver ou acheter des véhicules plus anciens.
Les sportives disparaissent progressivement du marché français à cause du malus
Les conséquences se voient également dans l’offre automobile elle-même. Plusieurs modèles sportifs ont déjà quitté le marché français ces dernières années sous l’effet du malus : Toyota GR86, Honda Civic Type R, Hyundai i30 N ou encore Renault Mégane R.S. Dans certains cas, le niveau de taxation devient économiquement absurde. Une Porsche 911 GT3 RS peut désormais subir jusqu’à 80 000 euros de malus en France, tandis que le Danemark dépasse même les 400 000 euros de taxation sur certains modèles. Mais contrairement à la France, plusieurs pays européens maintiennent encore des plafonds relativement modérés ou privilégient une fiscalité étalée dans le temps.
L’infrastructure de recharge plus efficace que les taxes ?
L’étude avance également une autre idée de plus en plus discutée dans l’industrie : les infrastructures auraient davantage d’impact sur la baisse des émissions que la fiscalité punitive elle-même. Les pays européens les moins émetteurs seraient aussi ceux disposant des réseaux de recharge les plus denses. Les Pays-Bas et le Danemark figurent parmi les meilleurs exemples.

La corrélation entre densité de bornes et baisse des émissions serait même plus forte que celle entre niveau de taxation et émissions moyennes. Une conclusion qui rejoint les débats actuels autour de la transition automobile européenne : faut-il continuer à surtaxer les véhicules thermiques ou investir davantage dans les infrastructures et l’accessibilité des voitures électriques ?
Une fiscalité qui punit les consommateurs avant tout
Car derrière les chiffres spectaculaires du malus, c’est désormais toute la question du modèle automobile français qui se pose.
Le marché du neuf reste inférieur de plus de 20 % à son niveau d’avant-Covid. Les prix explosent. Les véhicules sportifs disparaissent. Les voitures familiales deviennent parfois difficilement accessibles. Et les recettes du malus, elles, ne financent plus directement les aides à l’électrification depuis plusieurs années. Dans le même temps, la France prépare déjà de nouveaux durcissements pour 2027, tandis que la loi Climat prévoit d’interdire à partir de 2028 la publicité pour les véhicules émettant plus de 123 g/km de CO2. Un seuil qui concernera encore une immense partie du marché actuel.
Simulateur interactif : comparez les taxes de n’importe quel véhicule dans 27 pays
Caroom met à disposition un simulateur gratuit permettant de calculer les taxes automobiles de
n’importe quel véhicule dans les 27 pays de l’Union européenne. Il suffit d’entrer les caractéristiques du véhicule (CO2, poids, cylindrée, puissance, énergie) pour obtenir un classement complet. Une option permet de comparer la fiscalité dans le temps, de 1 à 15 ans, pour évaluer l’impact des taxes annuelles de chaque pays. L’accès est gratuit ici : caroom.fr/guide/simulateur/taxes-europe

